Il y a d'autres pèlerins que de Compostelle
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Notre-Dame de France oubliée en Espagne

Le sanctuaire est perché à près de 1800 mètres d'altitude dans la Sierra de Peña de Francia. Comme pour le Camino francés, cet adjectif ne fait pas référence aux Français mais aux Francs dont une colonie est venue s'installer dans ces montagnes pour les repeupler après leur reconquête en 1085. mais là se trouve un véritable souvenir d'un français, un dénommé Simon qui, en 1434 y découvrit une statue de la Vierge. Il bâtit là un sanctuaire qui quelques années après fut confié aux Dominicains. Le bâtiment des moines a été transformé en hôtellerie, mais le sanctuaire est toujours vivant. Le document présenté ci-dessous est la note que l'attaché culturel de l'Ambassade de France à Madrid a rédigée en juillet 1941 pour appeler l'attention du Gouvernement sur ce sanctuaire.
En septembre 1941, une délégation de représentants des Mouvements de Jeunesse français y vint en pèlerinage. Elle était accompagnée par Monseigneur Martin, évêque du Puy qui en a laissé un témoignage.

La chaire française qui vient d’être restaurée à Salamanque n’est pas le seul privilège que la France ait possédé dans cette province. Il en est un autre, plus singulier, à la restauration duquel les circonstances ne sont pas moins favorables, et qui, restauré, ne serait pas moins bienfaisant que l’autre pour le prestige et pour l’influence de la France, c’est le pèlerinage de Notre Dame de France. Le 19 mai 1454, trois ans presque exactement après le martyre de sainte Jeanne d’Arc, le pèlerin français Simon, surnommé Vela par les espagnols, découvrait dans des circonstances miraculeuses une statue de la Vierge, en l'honneur de laquelle il bâtit un sanctuaire, qui fut dès 1437, confié aux Dominicains, puis remplacé par une très belle église, et devint, sous l'invocation de Nuestra Senora de la Pena de Francia un grand pèlerinage national de l’Espagne ; au Siècle, d’Or, (XVIe siècle) tous les Espagnols connaissaient ce pèlerinage et la dévotion à Notre Dame de France fut propagée par la conquête espagnole en Afrique, en Amérique et en Océanie.
Plus ancien que la chaire française de Durand (fondée en 1508), le pèlerinage français n’a jamais été interrompu ; il a seulement cessé, sous l’influence des mêmes causes qui firent suspendre l’enseignement donné dans la chaire de Durand, troubles révolutionnaires et relâchement de l’amitié franco-espagnole, d’avoir un caractère national et même impérial, pour conserver seulement un caractère local. Il est d’ailleurs, comme tel, un des plus beaux qui soient ; le jour de la grande fête (Nativité de la Vierge, 8 septembre) l’affluence des paysans des alentours en costume régionaux se joint à la magnificence du site, l’un des plus grandioses de l'Espagne, pour composer un tableau incomparable.
Pour le tourisme, toute la région abonde en beautés. Salamanque est à 70 kilomètres ; le Portugal est proche et envoie aussi des pèlerins, du moins dans les années normales.
Nous croyons qu’il est temps de restaurer ce pèlerinage, comme nous restaurons la chaire de Durand. Aucune nation chrétienne, pas même l’Italie, n’a la possibilité de faire revivre en Espagne un pareil privilège. Soulignons que c’est jusqu'ici la piété espagnole, à peu près seule qui a cultivé la dévotion à Notre Dame de France; ne convient-il pas que ce pèlerinage, en reprenant sa valeur nationale espagnole, prenne une valeur internationale, franco-espagnole qu’il n’a pas encore atteinte, mais que des siècles ont préparée ? C’est ainsi d’ailleurs que la chaire de Durand restaurée est plus française que n’était la chaire de Durand primitive, puisque d'une part, elle n’est plus limitée à I’enseignement des théories d'un seul théologien français et que, d’autre part, elle est fondée par la France elle-même.
Les circonstances sont très favorables. Celui qui écrit ces lignes n’a pas cessé depuis 1909, d’attirer à la Pena de Francia des amis français et espagnols; le sanctuaire de Notre Dame de France a été inclus dans le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, organisé par Charles Pichon pendant la guerre civile espagnole, et qui nous a rallié tant de sympathies, On peut dire que dès maintenant, les Français ont rouvert aux Espagnols le chemin trop oublié d'un de leurs grands foyers de spiritualité. Il reste pour couronner cette oeuvre à procéder à l’affirmation en quelque sorte officielle de la présence de la France régénérée au Sanctuaire où elle est attendue depuis le temps de Jeanne d’Arc.
Ce qu’il faudrait pour cela, ce serait que cette année, en la fête du 8 septembre, un groupe de Français d’Espagne, accompagné d'une représentation des élites de France, venue exprès de France montât au sanctuaire, avec à sa tête l’Ambassadeur de France et quelque éminent prélat français, chargé de représenter le Primat des Gaules. Il suffirait d’une vingtaine ou même d'une douzaine de personnes venues de France pourvu que ces personnes fussent vraiment représentatives mais il ne faut pas se dissimuler que les difficultés actuelles des voyages internationaux, et les frais, qui par suite des conditions du change paraissent très grands ne favorisent pas le recrutement de cette élite de pèlerins dont noms parlons. Il faudrait donc que le voyage fut complètement organisé, et aussi qu'il fut payé. Nous avons avec quelques amis établi un programme, et évalué les frais en raison de ce programme. Il faudrait compter environ 7000 francs par personne pour un pèlerinage qui, en territoire espagnol, serait de quinze journées pleines.
Remis en honneur par la France, le pèlerinage de Notre Dame de France, redeviendra (il a commencé de redevenir) connu de toute l’Espagne et non plus seulement de la province de Salamanque et des provinces voisines. Nos amis Portugais y participeront certainement dès qu'ils le pourront, et le mouvement international de pèlerinages dans l'Europe occidentale pourrait s'étendre au grand sanctuaire portugais de Fatima, auquel le très francophile Patriarche de Lisbonne, Mgr Cerregeira, reconnaît une très grande importance. La rénovation du pèlerinage de Notre-Dame de France renforcera la sympathie qu'a value à la France, dans tous les milieux religieux et parmi les élites intellectuelles, la rénovation de la chaire de Durand, et en outre il ramènera vers nous la sympathie profonde des masses d'humbles paysans qui depuis deux siècles ont, presque seuls, entretenu la flamme du- Sanctuaire de Notre-Dame de France, Madrid, le 9 Juillet 1941

Signé Legendre
Attaché culturel

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